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SONG

Le terme SONG (ou SUNG) que l’on trouve dans certains textes traditionnels chinois à propos du Tai Chi Chuan décrit un état recherché dans la pratique. Le terme français se rapprochant peut-être le plus pour une traduction serait “lâcher-prise“ mais SONG implique non seulement une notion de détente, mais une détente accompagnée d’une extension et expansion.

Le texte suivant est une traduction d’un article en anglais, détaillant l’état de SONG et le processus permettant de cheminer vers cet état.
Source : le lien vers la source n’est plus valide…
Propos de Li Lian traduit par Mao Liang – Traduction de l’anglais en français par Julien Desbordes

A propos de SONG

‘Song’ (grossièrement, ‘être dans un état de non-tension’) est l’esprit du Taiji, mais est également souvent mal compris. De nombreux pratiquants de Taiji croient, à tort, que pour être ‘Song’, nous ne devrions utiliser aucune force, étant comme totalement ‘relaxé’, ce qui revient à ne pas étendre (étirer) les muscles et les articulations. Toutes ces idées sont, en fait, diamétralement opposées à la correcte compréhension de ‘Song’, amenant de nombreux pratiquants à être bloqués dans leur progression, souvent après de nombreuses années de pratique. Par conséquent, une précise et véridique compréhension de ‘Song’ est vraiment nécessaire.

Selon mon professeur, Maître Wu Tunan (1884-1989), qui a composé un important écrit sur ‘Song’. ‘Song’ n’est pas une condition naturelle du corps, mais plutôt un état physique qui requiert un système d’entrainement et de pratiques systématiques, étape par étape qui développe votre corps à partir des os, ligaments, muscles, peau et finalement jusqu’au ‘Qi’. Mais, première chose d’abord, qu’est-ce que ‘Song’? Maître Wu Tunan donne trois définitions pour décrire l’état de ‘Song’. ‘Song’ est atteint quand il y a dans notre corps réellement une sensation ‘duveteuse d’extension et d’expansion’ dans vos articulations, muscles, ligaments et peau comme si il y avait des espaces qui se créaient et s’élargissaient; d’autre part, ‘Song’ se réfère à la sensation de notre corps comme étant toujours allégé en poids et plus vif dans le mouvement; enfin, au niveau du ‘Qi’, ‘Song’ est atteint quand cela est accompagné par la sensation que le corps est ‘vidé’ de toutes substances et par conséquent nos perceptions sont ré-orientées hors de notre corps physique à tout ce qui l’entoure.

A partir de cette définition donnée par Maître Wu Tunan, nous pouvons voir clairement que ‘Song’ n’est pas une ‘relaxation’ ou ‘non-effort’ de nos muscles et articulations qui ne conduirait qu’à un état de relâchement / négligence du corps. Ma propre expérience de la pratique du Taiji de Wu Tunan m’a montré que ‘Song’ comme étant une sensation ‘duveteuse d’extension-expansion’ dans notre corps est un état physique nécessitant un entrainement continu qui commence par ‘Zhan Zhuang’ ( posture debout, une partie du Taiji Gong) durant laquelle nous ressentons consciemment comment le corps peut s’étendre et s’élargir dans six directions différentes haut et bas, devant et derrière, à gauche et à droite. En continuant à pratiquer ‘Zhan Zhuang’, cette sensation va évoluer, d’abord à travers les os et ligaments, et finalement jusqu’aux muscles et à la peau. C’est la première étape qui conduit aux deux autres et plus hauts degrés de ‘Song’ en Taiji.

Wu Tunan

En d’autres termes, à la base autant que dans les plus hauts niveaux de Taiji, nous devrions mettre l’accent sur la pratique à travers Taiji Gong qui rend nos muscles et nos articulations plus élastiques et flexibles et donc aussi plus forts. Ceci, encore, n’est pas atteint en simplement se ‘relaxant’ ou en n’utilisant pas nos muscles, ligament, et articulations mais tout au contraire par une constante ‘extension’, ‘expansion’ et déploiement de ceux-ci. En Taiji, il y a un classique disant que dans une première étape, nous devons ‘faire sombrer’ pour étendre et élargir avant d’arriver à une pratique plus compacte, ou comme le dit un dicton populaire, nous ne devrions jamais aller à mi-chemin dans aucune posture ou mouvement de Taiji.
Néanmoins, lorsque l’on étire et étend notre corps dans la pratique, nous sentons nécessairement nos muscles, ligaments et articulations comme ‘tendus’ ce qui est un résultat naturel de l’effet ‘d’antagonisme’ entre les muscles et le ligaments. Comment devons-nous négocier avec cet effet? Premièrement il est important de ne pas abandonner le processus d’expansion et extension; d’autre part, nous devons utiliser le ‘Yi’ (c’est à dire utiliser l’esprit pour orienter le corps en Taiji) afin de relaxer la sensation d’antagonisme tout en gardant le corps dans un état d’extension expansion. Plus le ‘Yi’ est utilisé pour orienter et ajuster le corps, plus les tensions musculaires  seront réduites, jusqu’à ce que l’on ressente un nouvel état (qui n’est pas un état ‘naturel’) d’être confortablement relaxé dans l’expansion et extension des mouvements du corps. Ceci est la première étape vers ‘Song.’
En Taiji, il y a un vieux dicton disant que nous devons utiliser le ’Yi’ à la place de la ‘Force’; un vieux dicton certes, mais aussi le plus fréquemment mal compris. Beaucoup de pratiquants le lisent comme signifiant de devoir arrêter d’utiliser toute sorte de force musculaire en Taiji, ce qui n’est pas seulement impossible dans le Taiji, mais aussi dans la vie aussi longtemps que nous sommes des êtres humains normaux. Ce que cette loi nous dit vraiment, comme l’explique Maître Wu Tunan dans son important article, est que le ‘Yi’ devrait être utilisé pour gagner en relaxation et réduction de l’effet d’antagonisme quand les muscles, articulations et ligaments sont dans l’état d’extension et expansion, afin d’atteindre l’état de ‘Song’, ‘Song’ nous permettant de nous sentir soulagé et relaxé quand notre corps s’étire vers l’extérieur dans la pratique du Taiji.
Lorsque nous sommes dans l’état de ‘Song’, ‘Song’ quand nos muscles, articulations et ligaments sont en extension et expansion, nous réduisons l’effet d’antagonisme ce qui progressivement facilite et améliore la circulation du ‘Qi’ et du sang à l’intérieur du corps. Après cette étape, nous continuons de ressentir les plus hauts degrés de ‘Song’ quand le ‘Qi’ peut atteindre nos mains et nos doigts, nos pieds, et les passages à l’intérieur du corps précisément parce que nous pouvons étendre et élargir et ensuite relaxer notre corps dans la pratique. Aux stades avancés de ‘Song,’ nos sensations seront aussi orientées à l’extérieur. Dans la pratique, il y a des moments ou nous pouvons sentir la peau communiquer directement avec l’air qui l’entoure, ou quand notre corps semble avoir de nombreux petits pores permettant le passage de substances vers l’intérieur et vers l’extérieur du corps, jusqu’à ce que le corps lui-même est ressenti comment étant ‘vidé’ permettant à nos sens de communiquer directement et naturellement avec ce qui l’entoure.

Pour conclure brièvement, l’article de Maître Wu Tunan sur ‘Song’ est une pièce classique dans l’étude théorique du Taiji. Il a clarifié l’idée souvent distordue de ‘Song’, nous disant que ‘Song’ n’est pas l’état naturel du corps, mais qu’il nécessite un entrainement systématique du corps, du ‘Yi et du ‘Qi’. Maître Wu Tunan nous a transmis le système d’entrainement qu’il a hérité de ses Maîtres, ‘Song Gong’ qui utilisent différents mouvements visant toutes les parties du corps (de la tête, coup, à toutes les grandes et petites articulations). Maître Wu Tunan nous a aussi révélé les trois étapes pour atteindre l’état de ‘Song’ : “en premiers les os et ligaments, ensuite les muscles et la peau et finalement au niveau du ‘Qi’ et du ‘Yi’.“ Ses enseignements autant pratiques que théoriques sont cohérents avec les enseignements traditionnels  de tous les Maîtres de Taiji avant lui dans la longue histoire du développement et de la cristallisation de ce trésor de la civilisation chinoise sur plus de mille ans.

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